Nos Pieux Prédécesseurs

Sa`d ibn Mu`âdh al-Ansâriyy

سَعْدُ بْنُ مُعَاذٍ الْأَنْصَارِيُّ

As-SahabaAl Ansar

Sa’d Ibn Mu’âdh, chef noble des Banû ‘Abd al-Achhal, embrassa l’Islam grâce à Mus’ab et convertit sa tribu. Courageux et juste, il mourut en martyr honoré et aimé du Prophète ﷺ et des compagnons.

Qui était Sa`d ibn Mu`âdh al-Ansâriyy

Biographie

7 min de lecture

Jeunesse et Famille

Sa`d ibn Mu`âdh al-Ansâriyy (سَعْدُ بْنُ مُعَاذٍ الأَنْصَارِيّ) (رضي الله عنه) appartenait à l’une des familles les plus nobles et les plus respectées des Ansâr. Issu des Banû `Abd al-Achhal (بَنُو عَبْدِ الأَشْهَل), il était le fils de Zayd Ibn `Abd al-Achhal (زَيْدُ بْنُ عَبْدِ الأَشْهَل) et de Kabchah bint Râfi`(كَبْشَةُ بِنْتُ رَافِع), une femme honorable qui eut plus tard l’immense mérite de prêter serment d’allégeance au Prophète ﷺ. Parmi ses proches figuraient également son neveu Al-Hârith Ibn Aws (الحارث بن أوس), ainsi que son cousin maternel, As`ad ibn Zurârah (أَسْعَدُ بْنُ زُرَارَة) l’un des premiers musulmans de Médine.
Dès qu’on le voyait, Sa`d imposait le respect. Les récits le décrivent comme un homme très grand, corpulent et majestueux. Son apparence reflétait la noblesse, et sa présence inspirait naturellement la considération. Éloquent, charismatique, doté d’une prestance propre aux chefs de tribus, il possédait une parole qui portait. Son peuple reconnaissait en lui un homme d’autorité, de sagesse et d’honneur.e

Sa Conversion et son Rang

Avant même l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine, l’appel de l’islam commençait déjà à toucher la ville. Après le pacte d’al-`Aqabah (بَيْعَةُ العَقَبَة), le Messager d’Allâh ﷺ envoya Muṣ`ab ibn `Umayr (مُصْعَبُ بْنُ عُمَيْرٍ) à Yathrib afin d’enseigner le Coran et d’inviter ses habitants à la foi. Muṣ`ab s’installa chez As`ad ibn Zurârah (أَسْعَدُ بْنُ زُرَارَة) et se mit à réciter le Livre d’Allâh dans les assemblées des Ansâr. Peu à peu, les cœurs s’ouvraient.

Cette propagation inquiéta toutefois certains chefs de tribus. Un jour, Sa`d apprit que Muṣ`ab et As`ad parlaient de l’islam auprès des Banû `Abd al-Achhal (بَنُو عَبْدِ الأَشْهَل). Irrité, il demanda à Usayd Ibn Hudayr (أُسَيْدُ بْنُ حُضَيْرٍ) (رضي الله عنه) d’aller les interrompre. Usayd se rendit auprès d’eux avec dureté, lance à la main. Mais lorsque Muṣ`ab lui proposa calmement d’écouter avant de juger, son cœur s’apaisa. Il entendit la récitation du Coran, fut profondément touché et embrassa aussitôt l’islam.

Usayd retourna ensuite auprès de Sa`d avec sagesse, lui faisant comprendre qu’il devait lui-même aller voir ces hommes. Sa`d se leva alors en colère, persuadé qu’il mettrait fin à cette affaire. Lorsqu’il arriva devant Muṣ`ab, celui-ci lui adressa les mêmes paroles :

« Ne t’assieds-tu pas afin d’écouter ? Si ce que nous disons te plaît, tu l’acceptes ; sinon, nous cesserons ce que tu détestes. »

Sa`d accepta. Muṣ`ab lui récita des versets du Coran et lui parla de l’islam. À peine eut-il entendu ces paroles que son visage changea. Ceux qui l’observaient dirent qu’ils avaient reconnu l’islam sur son visage avant même qu’il ne parle. Saisi par la vérité du message, il demanda :

« Que fait celui qui veut entrer dans cette religion ? »

On lui expliqua alors qu’il devait se purifier, prononcer l’attestation de foi et accomplir la prière. Sa`d entra immédiatement en islam, à l’âge de trente-et-un ans.

Cette conversion marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’islam à Médine. Car Sa`d n’était pas un homme ordinaire : il comptait parmi les notables les plus influents de la cité. De retour auprès des Banû `Abd al-Achhal (بَنُو عَبْدِ الأَشْهَل), il leur demanda :

« Quelle place occupais-je parmi vous ? »

Ils répondirent :

« Tu es notre chef, le plus sage et le plus noble d’entre nous. »

Alors Sa`d leur déclara :

« Vos hommes et vos femmes me seront interdits tant que vous n’aurez pas cru en Allah et en Son Messager. »

Son influence fut telle que presque toute la tribu embrassa l’islam ce même jour. Ainsi, par son rang, sa sincérité et sa détermination, la lumière de la foi pénétra largement parmi les Ansâr.

Combattant Courageux

Il participa à la bataille de Badr, puis à celle de Uhud aux côtés du Prophète ﷺ. Lors de Uhud, alors que les rangs musulmans furent bouleversés par l’attaque soudaine des polythéistes et que beaucoup se dispersèrent dans la confusion, Sa`d demeura fermement auprès du Messager d’Allah ﷺ. Les récits rapportent qu’il le défendit avec un courage héroïque, manifestant une fidélité absolue dans l’un des moments les plus critiques.

Son jugement

Son intelligence et son sens de la justice apparurent également lors de l’affaire des Banû Quraydha (بَنُو قُرَيْظَة). Après leur siège, le Prophète ﷺ lui confia le jugement de leur sort en disant : « Juge-les. »
Sa`d prononça alors un jugement sévère envers les combattants traîtres, conformément à la loi divine. Le Prophète ﷺ lui répondit : « Tu as jugé selon le jugement d’Allah et de Son Messager. »

Son Invocation

Mais c’est peut-être dans l’épreuve que la grandeur de Sa`d apparut avec le plus de force. Lors de la bataille du Fossé, un polythéiste nommé Ibn al-`Arqa (ابْنُ العَرِقَةِ) le blessa grièvement d’une flèche qui atteignit une veine de son bras. Malgré la douleur, son cœur resta rempli de foi et de sincérité. Il leva alors les yeux vers le ciel et invoqua Allah par des paroles bouleversantes :

« Ô Allah, si un combat doit encore avoir lieu contre Quraysh, alors laisse-moi vivre afin que je combatte dans Ta voie contre ceux qui ont traité Ton Messager de menteur et l’ont expulsé. Mais si Tu as décrété que cette guerre est terminée, alors fais de cette blessure la cause de mon martyre. Et ne me fais pas mourir avant que mon œil ne se réjouisse du châtiment des Banû Quraydha. »

Allah exauça son invocation. Sa`d vécut assez longtemps pour assister au jugement des Banû Quraydha, puis sa blessure s’aggrava définitivement.

Sa mort

Il mourut au mois de Chawwâl de la cinquième année de l’Hégire, à l’âge de trente-sept ans. Sa disparition fut une immense douleur pour les musulmans. Le Prophète ﷺ, Abû Bakr al-Ṣiddîq et `Umar ibn al-Khaṭṭâb restèrent à son chevet jusqu’à ses derniers instants. `Âʾishah bint Abî Bakr rapporta qu’elle distinguait, depuis sa chambre, les pleurs d’Abû Bakr de ceux de `Umar. Quant au Prophète ﷺ, sa tristesse était profonde, même si ses yeux pleuraient peu ; lorsqu’il était intensément affecté, il tenait sa barbe dans sa main.

Dans ses derniers instants, le Messager d’Allah ﷺ vint auprès de lui, prit sa tête contre sa poitrine et invoqua :
« Ô Allah ! Sa`d a combattu dans Ton sentier, cru en Ton Messager et accompli ses obligations. Accueille donc son âme de la meilleure manière. » En entendant cette invocation, Sa`d ouvrit les yeux, heureux que le dernier visage qu’il contemple soit celui du Prophète ﷺ. Il dit alors : « Que la paix soit sur toi, ô Messager d’Allah. Je témoigne que tu es le Messager d’Allah. »

Le Prophète ﷺ lui répondit avec douceur : « Réjouis-toi, Abû `Amr. »

Après sa mort, certains hypocrites remarquèrent la légèreté de son cercueil et se moquèrent en disant qu’ils n’avaient jamais vu un cercueil aussi léger. Lorsque le Prophète ﷺ entendit cela, il répondit : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, les anges portaient son cercueil. »
Puis il prononça cette parole immense, rapportée notamment par Jâbir ibn `Abd Allâh : « Le Trône du Tout Miséricordieux s’est ébranlé à la mort de Sa`d ibn Mu`âdh. »
Sa`d fut enterré au cimetière de Al-Baqî`. Abû Sa`îd al-Khudrî rapporta que ceux qui creusaient sa tombe sentaient, à chaque couche de terre, une odeur semblable au musc.
Il laissa derrière lui deux enfants : `Abdullah (عَبْدُ اللهِ بْنُ سَعْدٍ) et `Amr (عَمْرُو بْنُ سَعْدٍ). Mais plus encore qu’une descendance, Sa`d ibn Mu`âdh laissa l’image impérissable d’un homme dont la foi, la loyauté et le sacrifice furent honorés jusqu’à faire trembler le Trône du Tout Miséricordieux.

Ce qu'il faut retenir

1

Ouvrir son coeur à la vérité

Le cœur sincère ne craint pas de reconnaître la vérité, même lorsqu’elle l’oblige à se remettre en question. Saʿd ibn Muʿādh était un chef respecté, attaché aux traditions de son peuple, pourtant il accepta d’écouter les paroles de Muṣʿab ibn ʿUmayr avant de condamner. Et dès qu’il fut convaincu, ni son orgueil, ni son statut, ni le regard des autres ne l’empêchèrent de changer complètement de voie. La véritable grandeur n’est pas de défendre aveuglément ses habitudes ou ses positions, mais d’avoir l’honnêteté d’écouter avant de juger et le courage de suivre la vérité lorsqu’elle devient évidente.

2

L’importance des grands choix de vie

Saʿd ibn Muʿādh ne vécut musulman que quelques années, entre son entrée en Islam et sa mort. Pourtant, ce court laps de temps suffit pour qu’il atteigne un rang immense auprès d’Allah, au point que le Trône du Tout Miséricordieux trembla à sa mort. Il n’eut pas des décennies devant lui, mais il sut se tenir du côté de la vérité dans les moments cruciaux : soutenir le Prophète ﷺ à Badr, le défendre à Uḥud, puis prononcer avec justice le jugement des Banû Quraydha. Une longue vie dans l’obéissance est un immense bienfait, mais certains instants peuvent élever un homme à des degrés que seul Allah azza wajal connaît. Ce sont ces moments où l’on sacrifie son confort, son image ou sa sécurité pour ce qui est juste. Saʿd nous enseigne qu’une vie courte peut devenir immense lorsque ses grands choix sont faits pour Allah azza wajal.

3

Le leadership doit être cultivé chez nos enfants

Les qualités de chef et de leader ne sont pas réservées à ceux qui recherchent uniquement la réussite dans ce bas-monde. Savoir parler devant les autres, défendre une idée, porter un message avec clarté et tenir une position difficile sont des qualités dont la communauté a besoin. Elles doivent être cultivées chez nos enfants, non pour nourrir leur ego, mais pour qu’ils soient capables, demain, de servir la vérité avec courage et intelligence. Les grandes personnalités ne naissent pas dans une vie creuse, où l’on évite chaque gêne, chaque responsabilité et chaque risque. Elles se construisent par l’effort, l’exposition, les prises de parole, les erreurs et les épreuves traversées. Éduquer un enfant, c’est aussi le préparer à porter, demain, des responsabilités importantes.ee